Elzéar Roy

Elzear Roy

ELZÉAR ROY, AGRONOME

Hommage posthume rendu par
l’Association des familles Roy
Trois-Rivières, le 14 octobre 2001

Ce n’est pas une mince tâche que de rendre hommage à son propre père. Elzéar Roy (dit Châtellerault) a été un agronome fort actif dans la région trifluvienne, et même au delà.

Il était fort connu, et à ce sujet, voici une petite anecdote. Mon frère Yves avait une ferme à St-Thomas-de-Caxton. J’étais dans la jeune vingtaine et j’avais mon permis de conduire depuis peu. Mon père avait été mon professeur. En revenant d’une visite chez mon frère… avec l’auto de mon père, bien sûr, voilà que je fais une crevaison. J’entre donc dans la cour d’une ferme et demande à téléphoner à mon père. Et quand je nomme Elzéar Roy, le fermier me répond: “Ah, la fille à Elzéar! Téléphonez pas, on va vous changer votre pneu!”

On accusait mon père d’être un peu “kid kodak” car on voyait souvent sa photo et des textes le concernant dans Le Nouvelliste. Il avait même démasqué un supposé agronome français qui voulait bâtir une usine à compost dans la région… excellente idée que mon père avait endossée, mais il s’était renseigné en France sur le promoteur… qui n’était pas ce qu’il disait! Mon père était aussi régulièrement engagé par la ville de Trois-Rivières pour désigner les arbres de la ville qui étaient en bonne santé et les autres qui devaient être abattus. Je lui demandais toujours des nouvelles de l’orme plusieurs fois centenaire de la rue des Ursulines, dont il avait fait chaîner les branches pour les soutenir… L’arbre était toujours marqué d’un trait vertical blanc chaque année, signe qu’on ne l’abattrait pas. De fait cet arbre est tombé bien après que mon père eut quitté ce monde.

Malgré une taille d’athlète et un teint bronzé à l’année, amant de la nature et grand chasseur devant l’Éternel, il avait d’ailleurs fondé un club de chasse et pêche et découvert plusieurs lacs dans la région de St-Michel-des-Saints, Elzéar Roy était de santé fragile et dût subir plusieurs opérations. Il fut forcé de refuser un poste intéressant en Iran pour un an, où il devait implanter la culture de certains légumes, et ensuite aller à l’Institut international d’agronomie à Rome pour quatre ans. Je me souviens avec quelle tristesse il fut aussi obligé de démissionner de onze associations qu’il avait créées, et dont il était soit président ou secrétaire.

On lui devait en effet la fondation de coopératives dans onze villages, de l’Association forestière de la Mauricie, de la Fédération des Cercles de fermières du district, des club 4-H, entre autres. Il fut aussi très actif dans la Corporation des agronomes du Québec, dont il organisa trois congrès. Il fut aussi très impliqué dans l’Exposition régionale de Trois-Rivières plusieurs années.

Il mit sur pied des cercles d’éleveurs de bovins, développa l’élevage du porc et du mouton, introduisit la race de chevaux belges pour le travail dans les fermes, fit la promotion de couvoirs à poulets, et organisa la première beurrerie de la région. Il vit à l’amélioration de plusieurs cultures céréalières, de fraises, du maïs fourrager, du lin pour le tissage, et introduisit la culture de plusieurs légumes pratiquement inconnus dans la région, dont celle du brocoli. Il fit d’innombrables conférences un peu partout, et je me souviens de ses bottines de feutre, son “capot de chat” et son bonnet de castor, car souvent il allait dans les villages en hiver dans un traîneau à cheval, recouvert de la “robe de carriole” en fourrure d’ours et les briques chaudes sous les pieds.

Comme il était parmi les premiers agronomes, il dut faire ses preuves en sortant frais émoulu de l’Institut agronomique d’Oka. Il me racontait que quand il allait visiter les fermes, lors de ses premières années de pratique, les fermiers étaient sceptiques face à “ces petits jeunes avec une chemise blanche et une cravate”. Et ils lui disaient: “Retrousse tes manches, je t’amène une charrue à bras, fais-moi un sillon: si tu le fais droit… je vais t’écouter!”

Elzéar Roy était descendant de Michel Roy dit Châtellerault, notaire seigneurial et membre du régiment de Carignan-Salières, venu ici en 1668. Il est né à Sainte-Anne-de-la-Pérade le 18 juin 1896, d’une famille de treize enfants. Il vécut quelques années à Batiscan. En 1918 il fut conscrit par l’armée et fit son entraînement au manège militaire de Québec, où, disait-il, il couchait par terre enroulé dans sa couverture, comme ses compagnons. Il allait prendre le prochain bateau pour la guerre en Europe quand l’armistice fut signé.

En 1920 on le retrouve assistant agronome à Montmagny. En 1921, agronome à Louiseville. Il se maria le 18 juin 1925 à Claire Gervais, de Berthierville, dont il eut cinq enfants, quatre garçons et une fille… moi! Et en 1937, il était nommé agronome régional à Trois-Rivières où il aménagea en 1938 et où il travailla jusqu’à ses derniers jours. Sa secrétaire allait lui faire signer des lettres à l’hôpital où il décéda le 7 mars 1965 à l’âge de 67 ans et 10 mois. Il n’avait donc jamais pris sa retraite!

Il avait reçu plusieurs honneurs, comme la médaille du Mérite agricole, et celle du Mérite agronomique du Québec décernée par la Corporation des agronomes de la province de Québec.

Une des images les plus tenaces qui me restent de lui, c’est celle où, assis après le souper sur la galerie grillagée de son chalet au lac Long, à St-Élie-de-Caxton, il était immobile, face au lac, sans parler. Je lui demandai un jour ce qu’il faisait là, et il me répondit: “Je regarde mon lac, je contemple la beauté!”

De là-haut, il doit voir avec bonheur encore des gens de sa famille au lac Long, à St-Élie. Ses frères et soeurs étaient éparpillés partout au Canada. Ses descendants sont pour la plupart au Québec, de Trois-Rivières à la région montréalaise ainsi qu’à Tracy et Mont-Laurier.

Michelle Roy-Chatellereault

 

 

 

 

 

 

texte et présentation de Michelle Roy